J’aimais tellement ce rosier, à Martigné, qui habillait l’arche sous laquelle on passait, au bout de la terrasse, pour aller au jardin… Au mois de mai, des brassées de 4, 5 ou 6 roses fleurissaient pendant plusieurs mois, comme des centaines de bouquets accrochés aux branches.

Quand nous avons vendu la maison, c’était un crève-coeur de l’abandonner… le jeune couple qui nous a succédé n’avait ostensiblement aucune attirance pour l’extérieur et ça me fendait le coeur d’imaginer ce rosier dépérir. Alors pour emmener une partie de Martigné avec moi, j’ai bouturé ce rosier, à la va-vite, avant de quitter les lieux.
S., qui était venue me voir quelques jours, a eu alors une idée de génie. Le seul hic c’est que cette idée lui est venue 1 heure avant son train retour : et si on allait récupérer les plantes que je pleurais déjà ? Alors, tandis que la maison était vendue mais attendait encore l’emménagement de ses nouveaux propriétaires, nous avons improvisé sur le champ une expédition commando pour extraire « mes » plantes. Seaux et bêches jetés dans le coffre à côté des valises et des sacs, nous voilà parties pour déplanter le rosier orange (au parfum d’agrumes) près du fil à linge, le rosier bicolore que j’avais planté près du puits, le rosier blanc planté pour Roger contre la grange, et les clématites plantées pour ma mère… On avait l’air malin, en robe de ville et chaussures à paillettes, à déplanter des trucs dans le noir, comme des voleuses, avant de se ruer à la gare pour ne pas qu’elle rate son train. Souvenir délicieux d’une amitié merveilleuse.
La bouture a pris, le clone de rosier s’est accroché, je l’ai transplanté dans un pot plus grand, et il a vivoté sur la belle et grande terrasse à Pont Péan. Sur cette terrasse où il y avait beaucoup trop de vent et où il faisait beaucoup trop chaud. Je l’ai arrosé, protégé du gel.
Il a fait quelques roses, plus petites, plus solitaires, plus fragile. Rien à voir avec le foisonnement de pétales, mais il a fleuri vaillamment pendant 5 ans. Je lui répétais : « patience, un jour tu retrouveras la pleine terre ».
Ce jour est arrivé en avril, ici dans mon nouveau chez moi. J’ai replanté ce rosier sur la façade de la maison, j’espère qu’il finira, au fil des ans, par l’habiller entièrement et que, pour entrer dans la maison, nous passerons sous une arche de roses.
Et aujourd’hui ce petit rosier remis en terre a triplé de volume en à peine 3 mois.
