Les jours difficiles

Ce ne sont pas ceux, gris et froids, où le ciel est bas et la lumière terne. Ce ne sont pas ceux non plus où j’ai mille corvées à accomplir, courses, rangement, ménage, réparations, etc. car en rangeant ma maison je range ma vie, ma tête, mon coeur.

Les jours difficiles sont ceux qui me prennent une énergie titanesque pour entraîner le monde avec moi quand il n’a pas envie d’être entraîné.

Ce sont ceux où les petits capos du boulot prennent la lumière, la place et la parole pour ne rien dire d’intéressant mais que tout le monde écoute. Petitesse d’esprit, de coeur et d’idées, ils ne savent que penser comme on leur dit, voler le talent des autres et obéir aveuglément. Tout le monde n’y voit que du feu et moi je voudrais ne pas les voir du tout, ne pas m’en soucier, je voudrais être vaccinée contre eux, immunisée. Je me suis épuisée mille fois à rétablir les faits, devant leur désapprobation empreinte de bienpensance. Je me suis épuisée aussi à rétablir la justice, j’ai renoncé : ces combats sont devenus vains.

C’est d’ailleurs peut-être ce renoncement qui m’épuise le plus, encore plus que la lutte.

Les jours difficiles sont ceux qui m’exposent aux bêtises crasses dites avec aplomb… mais si on les dégomme on est pédant ; ceux des IA utilisées à tour de bras pour des idées médiocres… mais si on le fait remarquer on n’est pas fun ; ceux des actes sexistes que personne ne remarque plus …et si on les relève on est extrémiste ; ceux des opinions débiles à l’emporte-pièce, des conversations sur la pluie et le beau temps alors que le monde est un incendie géant, alors que les fachos (désormais partout, désormais décomplexés) viennent pisser sur nos libertés. Ce sont ces services du quotidien qui ne fonctionnent jamais et qu’on doit attendre, contacter, contourner, c’est le mauvais comptage EDF mais la facture à payer quand même (on paie d’abord, on s’explique ensuite), la fibre qui a cédé à la tempête et les délais d’interventions délirants, les cotisations d’assurance qui explosent et il ne reste plus qu’à dégrader la couverture, les recommandés à 10€, le litre de gasoil à 1,60€, les faillites par milliers, la chute des salaires, la hausse des prix, la mort des idées.

J’ai pris la résolution de ne plus me battre. Le monde veut la bêtise, l’injustice et la violence. Un homme bon ne peut rien contre un mauvais système. Il est temps que je comprenne cette leçon.