J’ai été ce genre de personne à toujours pousser le curseur plus loin : travailler encore plus (pour « me réaliser »), lancer mille projets participatifs, faire encore plus de kilomètres (parce que j’aime conduire) — au point de devoir m’arrêter sur un petit chemin pour dormir, voir plus de monde (parce que jusqu’il y a peu, les relations humaines rechargeaient mes batteries), assurer plus de tâches et de corvées (parce que qui va les faire sinon ?), proposer mon aide partout, tout le temps (pour être aimée et reconnue). Une vie à courir partout, comme un poulet sans tête.
Je ne suis plus cette personne. Les autres m’ont montré leur vrai visage pendant la pandémie (prêts à tout pour avoir l’illusion de ne pas mourir), mes « social batteries » sont à plat, et le « travail » m’a montré l’étendue de sa reconnaissance : nulle. Il n’y a guère que conduire et m’acquitter de mes petites corvées — à mon rythme — qui me procurent encore satisfaction.
Cette semaine, par exemple, j’ai abattu un boulot monstre au jardin : désherbage du potager et des plates-bandes, tonte, taille des arbustes mitoyens, rempotage du chèvrefeuille, plantation de salades et patates, et quelques tours à la déchetterie… Je prépare l’été, j’aimerais pouvoir manger mes salades, mes tomates, mes courgettes, mes concombres, mes patates…
En dehors de ça, je ne veux plus participer à cette mascarade, cette agitation qui ne nous pousse qu’à une chose : consommer davantage. Aller boire des coups ($), aller au théâtre ($$), partir en week-end ou voyager ($$$$), etc. Je n’en ai plus les moyens financiers et je veux faire des choses qui m’ancrent et me construisent.
Aujourd’hui j’ai choisi scrupuleusement les amies que j’aime, à qui j’ai envie de consacrer du temps et qui m’apportent une compagnie authentique. J’ai pris de la distance avec ce travail abstrait où je me sens inutile, pour construire des choses concrètes et utiles au quotidien.
Moins de frénésie et plus de vie.