Faire son nid

Il faut du temps pour trouver une place dans ce monde : sa propre place et la place de chaque chose.

Cela m’a pris environ 500 jours pour aménager 3 chambres, fabriquer 3 bureaux, installer le poêle à bois de mes rêves, casser 2 murs et construire une cuisine qui donne accès au jardin tout en rendant la maison traversante. 500 jours pour tâtonner sur l’emplacement des choses, les couleurs, les matières, les circulations.

J’ai trouvé la place parfaite pour mon hamac, et celle aussi du bois de chauffe. La première a nécessité de sceller un poteau et bois dans le jardin à mi-chemin entre l’aubépine et l’acacia. La seconde a nécessité que je transporte le bois du garage au préau, du préau (trop humide) au garage à nouveau, et du garage à l’appentis. C’est la seule option que le nouveau portail de la voisine m’a laissée de toute façon.

Cet agencement de l’espace s’est accompagné de celui de mon temps. Yoga tôt le matin, sur la terrasse, petit déjeuner en regardant la lumière du levant, balade au jardin le soir pour voir quel arbuste il faudra tailler ou arroser ou s’il y a quelque chose à cueillir au potager. Il y a toujours à faire et si ce n’est dehors, c’est à l’intérieur pour garder ces espaces qui ne sont pas si grands… rangés ?

Enfin, c’est la première fois que je me sens vraiment chez moi depuis la rue du Théâtre à Paris. Dans mon nid. À ma place. Une place durement gagnée.

À Martigné, la maison était souvent assiégée de gens que je n’avais pas invités et meublée de compromis que je n’aurais jamais faits si j’avais été seule. Si j’avais été seule j’aurais fait les travaux à l’étage. A Martigné, c’est dans le jardin que je me sentais le plus chez moi.

Pont-Péan a été, quant à lui, l’appartement de mes rêves : spacieux, bien agencé, calme, lumineux, idéalement placé, vue imprenable, voisins adorables. Sauf qu’il n’était pas à moi (et tant mieux car il tombait en miettes).

Il m’aura fallu longtemps pour trouver ma maison (une maison qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la première). Il m’aura fallu un projet de construction avorté et l’énergie colossale de relancer des recherches dans la foulée (merci mon petit papa de m’avoir poussé aux fesses). 78 visites. 78 maisons. 77 non et 1 coup de coeur. La décision a été facile, surtout que je visitais avec N et L qui ont aussi eu le coup de coeur.

C’est donc bien ici que je fais mon nid.