Les mots

Je voudrais avoir les mots justes.

Les mots pointus, si pointus qu’on les dirait passés au taille-crayon, les mots affutés et tranchants qui remettent l’interlocuteur/trice en place, non sans laisser une égratignure. Elle guérira. Mais laissera la minuscule cicatrice du « ne me parle plus jamais comme ça ».

Mes mots à moi sortent comme des dés d’un gobelet : en vrac, avec fracas et sans savoir où ils vont précisément s’arrêter.

Je voudrais avoir les mots raisonnés et raisonnables pour convaincre mes collègues, soi-disant si cartésiens, d’ouvrir les yeux sur cette folie qu’ils commettent prompt après prompt, les convaincre d’y renoncer. Mais mes mots ne sont que brûlure, dégoût, et mépris pour ceux qui ne veulent pas voir ce qu’ils érigent au rang de vérité, d’humanité.

Parfois je voudrais avoir les mots pour blesser vraiment. Blesser ceux qui me blessent avec les leurs ou avec leur absence de mots. Il n’y a pas de raison pour que ce soit toujours moi qui souffre, pas de raison de toujours faire le dos rond.

J’aimerais blesser ceux qui n’ont aucune sensibilité (ils n’auraient même pas mal), aucun tact (ils ne remarqueraient même pas), aucun sens de la conséquence des mots (ils n’en auraient cure). Mais ce qu’on me dit, je le reçois, je le ressens. Et si je ne peux pas avoir ces mots pour blesser en retour, j’aimerais au moins avoir un bouclier et m’en cogner royalement. Quand on me blesse, me manipule, me rabaisse, me cantonne : laisser les mots rebondir dessus avec un clang! métallique et les voir tomber à côté.

J’aimerais avoir toujours les mots pour réconforter celles qui en ont besoin. Je le fais quand je peux, comme aujourd’hui avec Myriam, ou auparavant avec Charlotte, Marie, Manue… et dès que je peux avec ma soeurette.

Les mots sont une arme pourtant j’entre en guerre toujours muette et armée uniquement de ma colère. Donnez-moi les mots.