J’ai allumé un feu et j’ai souri.
J’ai allumé un feu et j’ai frissonné, de joie.
J’ai allumé un feu et j’ai déposé quelques châtaignes dans une poêle trouée. J’ai noirci et brûlé le bout de mes doigts pour éplucher ces petits cerneaux tendres et parfumés.
J’ai allumé un feu et je me suis téléportée à Savigny. Je rentre du lycée à pied, la montée de la rue Carnot et de l’avenue Jean Allemane, mes joues en feu avec le froid, les petits nuages formés par mon souffle… Les flammes, dans la cheminée, du feu que maman allume chaque soir. Les clémentines, les noix, le tison et les braises, la chaleur et les picotements du froid-chaud sur mes joues, comme une marée d’aiguilles. Le bonheur absolu de la savoir juste à côté.
J’ai allumé un feu et j’ai regardé le bois brûler jusqu’à la pyrolyse, jusqu’aux braises… avant de m’endormir sous la patte bienveillante de Yahoo posée sur mon épaule.
J’ai allumé un feu. Chez moi. J’ai cramé toutes mes économies pour installer ce poêle. Comme quoi le feu rend heureux.
