S’accrocher de toutes ses forces aux intentions les plus nobles qu’on porte au fond de soi. N’est-ce pas ce qui compte le plus au final ? Ne pas laisser la laideur du monde les ternir, les dénaturer, les emporter dans les abysses de la colère, sourde et aveugle.
Se fondre parfois — quand même, dans cette colère si vivante, si rouge, si chaude. Destructrice. Porteuse. Salvatrice. En me fondant en elle je change d’état : de bois je deviens cendre, de cendre je deviens terre, de terre je deviens arbre.
S’accrocher aux petites choses qui nous restent encore du quotidien : faire une quiche, aller chercher les enfants, regarder Glee, faire du vélo, tailler un rosier, regarder les étoiles.
S’accrocher au temps pour le lester, l’empêcher de s’enfuir chaque année un peu plus vite. Faire de mon inertie un contrepoids : trainer sur la terrasse au lever du soleil, installer le hamac, faire une sieste avec un chat, se perdre dans la spirale des corvées du quotidien, éternels recommencements qui donnent une illusion d’éternité.
S’accrocher aux personnes à qui je tiens encore… Ma famille, S. ma soeur, M. mon amie si joyeuse et bien dans sa vie, et plus récemment, B. dont la spiritualité infuse la mienne et qui veut sauver Z du lent déclin qui la ronge. Bouée de sauvetage mutuelle, le premier qui lâche entraîne l’autre.
S’accrocher encore un peu aux quelques personnes qui me voient encore. Les voir en retour. Et leur dire « je te vois, je vois ta bonté, ton talent, ton esprit ».
S’accrocher de toutes ses forces au peu d’éveillés qui ont compris où va le monde et quels rouages obscurs l’animent et le propulsent vers sa perte.
S’accrocher à la vie telle qu’elle est, sans fard. Une succession de solitudes dans les foules, d’humiliations sans revanches, de victoires sans témoins, d’abrutis promus et d’amour sans réciprocité. Il y a du beau dans tout ça, de la fortitude, de l’intégrité, de la droiture. Une certaine résilience.
S’accrocher à la vie.
