Résister de ses mains

J’ai toujours aimé construire des choses, qu’elles soient numériques ou tangibles : une asso de protection des animaux quand j’avais 10 ans, Les Impatientes, Backlight, Le Shift mais aussi une cabane, des pulls, des vêtements, des meubles, des jardins.

Ces créations ne sont que les artéfacts d’un militantisme intime et personnel.

J’ai milité contre le statu quo du système de santé avec LesImpatientes. Pour donner de la visibilité aux talents de la photo amateur avec Backlight. Pour que des personnes s’accomplissent au travers de leur projet avec Le Shift. J’ai milité pour les droits des femmes, en développant ma puissance féminine, en essayant d’être la meilleure dans un monde d’hommes, en ne me pliant pas au patriarcat et en m’émancipant aussi de l’emprise qu’ils avaient sur moi. Je milite encore pour une vie plus respectable : une vie simple, dont je peux être fière et dans laquelle JE me respecte. Que tout cela ait occasionné des ruptures et un inconfort quasi permanent n’est qu’un détail au final.

En ces temps troubles, il nous faut résister plus que jamais contre les forces du mal qui sont à l’oeuvre. Le peuple est dans la rue depuis plusieurs semaines, il crée; des pancartes, des affiches, des slogans, des guides de survie à la répression, des orchestres du nouveau monde, etc. Le peuple résiste, le peuple crée.

Faire un buffet de cuisine est mon acte de résistance du moment. Pour résister à ces assauts de désespoir qui succèdent à chaque manif. À la mélancolie qui précède chaque fête que je passerai seule. À la fatigue physique d’une vie plus simple mais qui requiert beaucoup de travail manuel. À la fatigue émotionnelle et sociale, quand tout le monde me tombe dessus un mauvais jour.

Allez, il est temps d’aller résister, ponçeuse en main.