J’envie ces gens qui ont une famille. Qui sont saoûlés que le téléphone sonne trop (« encore ma frangine, ça fait 10 fois qu’elle m’appelle aujourd’hui »). Qui passent des vacances (gratos) chez les uns, chez les autres, partent en périple sur le bateau de tel oncle, se retrouvent au resto avec tel cousin, vont retrouver telle tante en Angleterre ou ailleurs. Ils piquent-niquent en se chamaillant gaiement. Ils s’offrent des cadeaux à Noël, aux anniversaires, aux fêtes de famille… et pas des cadeaux tout pourris. Non, des voyages, des bijoux, des concerts, des trucs qui coûtent cher parce qu’ils sont nombreux et qu’il y en a toujours un pour organiser une cagnotte, un cadeau commun.
Quand ils se retrouvent, ils se font des compliments (« wah ça te va super bien cette coupe » ou « décidément, le temps n’a pas de prise sur toi ! »), ont des petites attentions (« demain je t’emmène dans une super boutique que j’ai repérée pour toi » ou « je t’ai chopé ce bouquin pour te faire marrer »).
Ils s’envoient des textos, des instas, des snaps, des whatsapp avec des blagues de famille. Ils s’inventent des dramas, pour avoir des trucs à se raconter et des personnes à rabibocher. Les anciens donnent encore des enveloppes d’argent de poche aux plus jeunes, même si ces plus jeunes frisent la quarantaine. Mieux, ils ont leur petits rituels : « moi quand mes petits-enfants fêtent leurs 10 ans, je les emmène en week-end dans la ville d’Europe de leur choix » ou « chaque année à la St Valentin nos parents nous offrent un week-end en Thalasso ».
Chez moi, pas de coup de fil quotidien (ni hebdo d’ailleurs), pas de pensée griffonée sur une carte, pas de compliment, pas de maison de vacances à squatter, pas de grand-parents, ni cousins, ni oncles et tantes, pas de bateau, pas de thalasso, pas de cadeau collectif, pas de bijou, pas de concert, pas de textos, d’insta, de snaps. Pas de grand-parents qui emmènent mes enfants en voyage l’année de leurs 10 ans ni d’ailleurs qui viennent garder mes enfants quand j’en ai bien besoin. Pas de petites attentions…
Qu’on ne se méprenne pas : je vais bien, la vie est belle. Belle mais rude. Je suis heureuse, je suis aimée — aucun doute là-dessus. Mais je ne nage pas dans l’opulence sentimentale et rien ne m’est jamais facile. Qu’est-ce que cela fait de moi ? Quelqu’un qui se paie ses vacances, ses massages, ses cadeaux et ses petites attentions. Quelqu’un d’autonome, de pugnace, de résilient, de prévoyant, de solide, d’aguerrie, d’organisée. Quelqu’un qui se contente de peu, matériellement, sentimentalement. Sans doute que ce sont de sacrés atouts pour ce monde qui avance. Mais je rêve parfois d’un peu plus d’opulence et d’un peu moins de parcimonie affectueuse.
