Au-delà de nous

Dans cette vie ténue qui s’écoule si vite, il est bon de savoir que certaines choses perdureront au-delà de nous.

Ainsi, il m’est réconfortant d’imaginer que des générations et des générations après moi, mes descendant.e.s pourront contempler le canyon du Tarn depuis le point Sublime, admirer le Vase de Sèvres dans les gorges de la Jonte ou la forêt de l’Aigoual au coucher du soleil.

Bien sûr la planète aura été mise à mal. Il me semble qu’on a décidé de continuer à l’exploiter au-delà du raisonnable. Mais dans ces régions reculées où j’aime me réfugier, l’homme a davantage de mal à nuire. Et puis, tout n’est pas pire : quand je regarde les photos du début du siècle, force est de constater que les Gorges et les Causses ont été reboisés abondamment depuis.

Ici dans les Cévennes minérales, les maisons en lauzes survivront longtemps aux humains. Les Causses, blonds et gris depuis la nuit des temps, continueront à laisser libre cours au vent. Ici, il neige encore l’hiver, à 800m d’altitude.

Il n’y a que pour le Tarn que je m’inquiète. Son niveau ne cesse de baisser, il est envahi d’algues vertes, longues chevelures qui recouvrent le fond de la rivière, lui qui était si clair, si transparent. L’utilisation de pesticides sur les Causses, le tourisme intensif (et tous ces imbéciles qui mettent de la crème solaire avant d’aller se baigner), la sécheresse, … auront peut-être raison de la rivière.

Mais je connais aussi les épisodes cévenoles, les crues records et la furie de la nature quand elle a décidé de nous balayer d’un revers de la main. Le Tarn reviendra, peut-être plus fort, peut-être plus sinueux. Il reviendra lui aussi, au-delà de nous.