24 octobre 2026

Il y avait encore plus de monde que la semaine dernière. Moins de lycéens, sans doute cloués à la maison par des parents inquiets de les laisser retourner manifester, mais des rues noires de monde, à perte de vue.

Ils ont interdit le centre-ville, interdit les manifs, fouillé les voitures à l’entrée de la ville, confisqué les masques et le sérum phy, mais on était des dizaines de milliers à avoir bravé l’interdiction pour se retrouver place de Bretagne. Le parcours du cortège, improbable, nous a fait passer par le Mail, la Mabilais, la Courrouze, Gare Sud, Charles de Gaulle, dans des quartiers résidentiels qui n’avaient jamais vu autant de monde sur leurs pavés. Ils pensaient écraser la résistance mais en empruntant les larges avenues qui nous sont habituellement interdites, tout le monde a pu — au contraire — se rendre compte de la marée humaine qui déferlait. Les cons.

La pluie, ininterrompue, ne nous a évidemment pas dissuadés, au contraire, elle nous donnait encore plus envie de crier notre colère. Les pancartes (incompatibles avec la météo) ont fait place aux drapeaux : breton, français, palestiniens, union communiste libertaire, action antifasciste, CGT, Unef, etc.

Dans une enceinte portable poussée à fond, Manau se battait contre une armée de Simériens venus en nombre… les chants que nous entonnions en coeur étaient secrètement tournés contre nos Simériens à nous : les fascistes. La musique ne couvrait pourtant pas le bruit des hélicos stationnaires au dessus de nos têtes. M. jetait des regards inquiets aux CRS tout près de nous, armés jusqu’aux dents, intouchables derrière leur casque, leur cagoule, leur visière, leur bouclier, leur armure. Quel monde…

J’ai quitté le cortège vers 18h, avant les échauffourées où les CRS ont dispersé au canon l’intégralité de l’eau potable de Bretagne, avant qu’ils ne se gazent eux-mêmes (on ne s’en lasse pas). J’ai marché sous la pluie battante jusqu’à Alma (ces bâtards avaient fermé toutes les stations du centre) pour aller retrouver Peggy et rentrer à la maison.

Trempée jusqu’aux os mais le coeur léger, Ô si léger !